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   KILL ME SARAH (maison mère)

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Caroline dit... #4



elliott.jpg


Caroline dit en soupirant : Je n'aime pas les dimanches. C'est triste et ennuyeux les dimanches. Surtout seule à la maison.
- Tu n'es pas seule, je suis là.
Caroline dit, les yeux écarquillés : Mais tu sais bien que je n'existe pas, à part dans ton imagination.
- C'est pour cela que je te dis que tu n'es pas seule. Et puis ce n'est pas que tu n'existes pas, tu n'existes plus. C'est différent.
Caroline dit, les yeux au ciel : Mon dieu ce que c'est compliqué. Et ça change quoi.
- Je suis compliqué. C'est plus triste. Pour le coté perdu...
Caroline pose un coussin sur la table du salon, et allonge ses jambes : Mets nous un disque tu veux, mais un que je connais un peu.
- Un que tu connaîtrais si tu existais.
Caroline allonge son bras vers son paquet de cigarette en souriant : Voilà, admettons.
- Je te pique une cigarette.
Caroline dit tendant le paquet ouvert : Tu refumes.
- C'est dimanche aujourd'hui.
Caroline allume prestement sa marlboro et tend le minuscule briquet rouge : Hier tu as fumé aussi.
- Everyday is like sunday en ce moment.
Caroline dit en souriant : Baby.
- Pardon?
- Tu devrais dire baby à la fin d'une telle phrase. Everyday is like sunday en ce moment, baby. Ca donne un coté cliché.
- Ah? J'suis pas doué pour ça tu sais. Pas doué tout court d'ailleurs...
Caroline souffle sa fumée vers le plafond, esquissant une moue de dépit : Ah tiens ça faisait longtemps. Ou plutôt non. Oui, un coté cliché désabusé. Alors ce disque?
- Elliott Smith. Either/or.
Caroline sourit doucement, une petite lueur triste dans les yeux : Il te fait penser à moi ce disque? Pourquoi tu mets la deuxième face d'abord?
- Il me fait penser à moi. Je suis égoïste. Il me fait penser à la douceur aussi. C'est beau comme le rire d'une fille alors que des larmes coulent encore sur ses joues. C'est beau comme un arc-en-ciel alors que la pluie tombe encore. Sa musique a la saveur des paradis perdus aussi.
Caroline écrase sa cigarette dans le cendrier, serre ses bras contre sa poitrine : Je suis déçue qu'il ne te fasse pas penser à moi.
- J'essaye de ne pas dire ce qui me fait penser à toi. La liste serait trop longue. J'ai mis la deuxième face parce que je veux écouter la dernière chanson. Celle où il dit "I'm in love with the world trough the eyes of a girl".
Caroline s'allonge sur le canapé, la tête sur les coussins : Il vient de se faire larguer dans cette chanson non? Tu viens passer ta main dans mes cheveux?
- "we broke up a month ago"... ouais mais tu vois, même s'il dit qu'il se sent comme une merde, il y a un coté autodérision dans la chanson, un coté qui me fait défaut... désolé pour les cheveux, tu n'existes plus. Mes mains ne caressent que du vide.
Caroline dit avec sa moue boudeuse : Tu pourrais faire comme si. J'aime bien quand tu passes ta main dans mes cheveux. "A happy day and then you pay"... c'est ça finalement. Il dit tout dans cette chanson non?
- "I'm damaged bad at best"... oui il dit tout, peut être même un peu plus...
Caroline se redresse et réajuste sa boucle d'oreille : Allez "Say yes" comme dit Elliott. Le disque est finit. Je n'aime pas les dimanches. Dommage pour tes mains dans mes cheveux...
- Je ne demande que ça. Moi non plus je n'aime pas... surtout sans arc-en-ciel... dommage oui, dommage...
29.3.05 13:31


Caroline dit... #3


 


 


 


Caroline dit :"En fait on devrait écouter le silence aujourd'hui, c'est de la musique aussi le silence"
"Ca en fait partie, il n'y aurait pas de musique sans le silence. Le silence c'est la 13ème note"
Caroline ajuste la barrette dans ses cheveux : "Ca porte malheur le 13. C'est pour cela qu'on a oublié le silence. Le rêve ça serait  une touche en plus sur les claviers pour jouer le silence"
"C'est joli. J'aime bien quand tu rêves comme cela. Mais il suffit de ne plus jouer pour qu'il y ait un silence "
Caroline dit en haussant les épaules : "C'est pour cela qu'on ne le joue pas. S'il y avait une touche pour le silence ça serait différent."
"Et pour la guitare? Tiens je vais mettre Léonard Cohen, c'est presque du silence."
Caroline fait cette moue qui te plait tant et dit "Il faudrait une corde silencieuse. C'est beau. Sa voix. L'ambiance. Fait voir la pochette."
"La photo au dos est superbe. Je crois que j'aime autant ce disque pour la photo que pour la musique."
Caroline grimace : "A cause de la blonde. M'étonne pas"
"Elle terriblement sexy comme ça en train de taper à la machine. On a l'impression qu'elle est enveloppée dans sa serviette. L'ambiance est superbe. C'est une photo énigmatique"
Caroline dit : " Une blonde qui tape à la machine. Où est l'énigme? Elle tape quoi d'ailleurs. Elle écrit les paroles des chansons?"

"Nan tu veux rire, c'est Cohen. Il pourrait être en train d'écrire les paroles des chansons mais je ne pense pas. En fait il doit lui dicter Beautiful Loser, le livre qu'il écrivait à l'époque. Elle date d'avant son premier disque cette photo. Elle a été prise dans la maison qu'il habitait sur l'île grecque d'Hydra. Le minimalisme de la pièce va bien avec la quasi nudité de la fille. Il n'était pas connu Cohen à l'époque.
C'est un livre étrange d'ailleurs."

Caroline étend ses jambes sur la table du salon : " Pourtant ça s'appelle Songs from a room. En gros, il se tape sa secrétaire. Je suis certaine que tu adorerais avec l'actuelle, tu en parles tout le temps. Encore une blonde."

"Cohen c'est de la musique blonde. Mais on n'est pas en Grèce et je n'ai pas de machine à écrire."

Caroline dit : " Bah l'ordinateur c'est pareil non?"
"Non j'crois pas. La machine à écrire c'est le vinyle du traitement de
texte. Elle taperait sur un pc elle serait moins désirable cette fille. Sur la remington, drapée dans une serviette encore humide, c'est la classe."
Caroline a un sourire en coin : "Rêve pas."
"Ca fait longtemps déjà..."

Caroline te coupe en laissant ses doigts glisser le long de sa jambe : " Je sens un regret dans ta voix. C'est d'un machisme terrifiant ton fantasme. Décevant."

" Ce n'est pas un fantasme. Je suis décevant de toute manière."

Caroline lève les yeux au ciel : "Je la connais cette chanson. Il y a une version ou le type de Noir Désir chante.""The partisan. C'est sur Low Estate des 16 horsepower. Belle version mais je préfère l'originale. Elle me file toujours la chair de poule."
Caroline écoute, les yeux fermés et dit : "Tu aurais fait quoi pendant la guerre?"
"Je ne sais pas. Comment savoir. C'est facile de dire maintenant qu'on aurait voulu être résistant. J'espère que j'aurais gardé ma dignité. J'espère vraiment. Sale époque"
Caroline ouvre les yeux et te regarde fixement : " Ouais. Difficile à dire. J'aurais pas aimé. Vivre ça. Elle est triste cette chanson."
"Elle parle d'une fille qui s'est suicidée. C'est une chanson magnifique. Il fait des miracles avec sa guitare classique et sa voix. On retrouve un peu l'ascétisme de la chambre de la photo. Juste l'essentiel. Pas de superflu"
Caroline caresse son épaule avec la pointe de ses cheveux : "Même la serviette de la fille? D'ailleurs c'est peut être une robe. Hyper courte. Heureusement que ce n'est pas un peignoir."
"Il devait faire trop chaud pour le peignoir. La serviette c'est mieux. Elle n'est pas superflue. Essentielle, comme le reste. Elle serait nue sinon et la photo perdrait tout son charme. La serviette c'est plein l'espoirs."
Caroline se lève et regarde par la fenêtre : "Il a une voix troublante Léonard Cohen. Je ne sais pas comment dire, mais troublante. Qu'est-ce qu'elle est devenue la fille?"
"Je ne sais pas. Je ne sais même pas qui c'est. Peut être qu'elle regrette la vie sur cette île avec Léonard. Peut être qu'elle l'a oublié depuis longtemps. Ou la photo est accrochée au mur chez elle et elle a peut être des petits enfants à qui elle raconte l'histoire de cette photo parce qu'elle a une histoire. On ne la connaît pas mais je suis certain qu'il y en a une."
Caroline se retourne vers toi : "La fameuse énigme?"
" Peut être. Avec ou sans énigme ce disque est très beau dans son dépouillement. Comme la fille."

Caroline s'approche et vient se blottir contre toi : "Presque du silence. Oublie la fille."

28.3.05 01:10


Caroline dit... #2

 

Caroline dit :« Je voudrais un disque du samedi après-midi »

« Ah ? Je n’y ai jamais réfléchi. J’ai des disques du matin. Des disques du soir. Des disques du dimanche. Du lundi. »

Caroline sur le canapé, étire ses bras derrière elle : « C’est décevant. Parce qu’on n’est ni dimanche ni lundi »

« Je suis décevant. Tiens on va mettre celui là, je l’ai acheté ce matin. » Caroline dit « Tu ne fais pas d’effort. C’est qui ? »

« Le chanteur préféré des Beatles » Caroline se dirige vers la cuisine « Comment tu le sais ? »

« McCartney et Lennon l’ont dit en chœur lors d’une interview »  

Caroline revient avec une tablette de chocolat praliné :« Tu ne m’as pas dit son nom. Fais voir la pochette »

« Harry Nilsson »

Caroline dit en ouvrant la tablette de chocolat « Connais pas. Hum… classe dans le peignoir au réveil. Ca fait envie. C’est bien cette chanson remarque »

« Gotta get up. C’est pour aller avec le peignoir. Il y a la même photo de lui mais en plus grand sur le poster si tu veux »

Caroline dit en croquant un carré de chocolat :« Non merci. Je n’ai pas l’âge du style peignoir débraillé et pipe au réveil. »

« Je resterai vigilant. Au verso il y a la photo de son frigo ouvert si tu préfères. En fait si, tu le connais. Tu ne le sais peut être pas, mais si »

Caroline dit en pointant son regard azur vers toi :« T’es sûr ? Je ne devais même pas être née quand il a enfilé son peignoir. » « Certes. C’est quoi ce coté peignoirophobe ? J’aime bien les peignoirs, surtout quand tu es dedans»

Caroline dit avec sa moue malicieuse :« Ca doit être pour cela que tu me l’enlèves tout le temps. C’est un monomaniaque ton Larry, les paroles là, c’est bien early in the morning ? »

« Harry. Euh oui c’est ça. C’est un concept le peignoir tu vois » Caroline les yeux levés au ciel dit « Oublie le peignoir, je le connais d’où Harry ? Ce prénom me fait toujours penser au Démon de Selby. »

« Belle référence. Tu connais le film Macadam Cowboy ? »

Caroline dit, se redressant subitement :« Schlesinger. 1969. Al Pacino. Bon film. D’ailleurs le titre c’est Midnight cowboy en V.O »

« Pacino t'es sûre? David m'a dit Dustin Hoffman. Everybody’s talking at me, I don’t hear a word they’re saying, only the echoes of my mind… »

Caroline reprenant du chocolat dit :« Ah oui merde Hoffman. Je dois être troublée. Le peignoir sûrement. Donc c’est lui qui chante. Bien joué... Tiens autre film où l’on entend cette chanson ? Tu as 10 secondes »

« Midnight Cowboy ? J’savais pas. Laisse tomber les 10 secondes »  

Caroline dit avec ce pétillement dans le regard qui te transperce :« Forrest Gump très cher. Finalement il est sympathique même avec son peignoir. Il est bien ce disque. »

« La première face est top. A mon avis tu connais la première chanson de l’autre face aussi »

Caroline chantonne « Down, Down... c’est encore une musique de film sur l’autre face ? »

« Nan j’crois pas. Tiens écoute »

Caroline revient de la cuisine avec un verre de perrier dans lequel elle immerge une rondelle de citron à l’aide de son majeur : « I can’t live without you... c’est un message perso? Ca me dit vaguement quelque chose. La chanson qu’on connaît mais que l’on n’a pas. »

« Si, la preuve. C’est un méga tube. Des générations de braillards tous sexes confondus l’ont repris depuis plus de trente ans. En fait je ne l’aime pas trop. Je crois que je n’aime pas les tubes, enfin certains. Pour le reste je me demande... »

Caroline dit, le sourcil ombrageux: « Tu te demandes ? Je n'aime pas l'indécision. T’es snob en fait. On devrait aller au ciné. »

« En fait ses seuls tubes ont été écrits par d’autres. Tu n’as pas fini ton perrier. »

Caroline dit avec son plus beau sourire :« Ton disque n’est pas fini. Ca sent le loser ton type. De toute manière pour poser en peignoir sur la pochette ça ne pouvait être que ça. »

« Bon sang fais moi penser à jeter mon peignoir. On va voir quoi ? »

28.3.05 01:05


Caroline dit... #1

 

Caroline dit :

« C'est vrai cette histoire sur les enfants qui pleurent? »

 « C'est sur la deuxième face. C'est pas tout de suite »

Caroline dit en posant ses pieds nus sur le rebord de la table du salon :

« C’est beau, in berlin by the wall. C’est quoi du Dubonnet ? »

 « C’est comme du Martini mais en plus désuet. Mes grands-parents en vendaient dans leur café . Il y avait la pub sur les murs du métro. Du bo, du bon, dubonnet. Ca défilait dans les tunnels. A l’époque il y avait encore des banquettes en bois et les rames étaient vertes ou rouges.»

Caroline dit en se grattant l’épaule :

« Il est désuet Lou Reed ?»

« Non. C’est un vieux con maintenant mais il n’est pas désuet »

Caroline grimaçante dit :

« J’aime pas cette chanson. »

« Elle parle de Billie Holiday »

Caroline attrape un magazine « N’empêche. J’aime pas cette chanson. C’est qui ? »

 « Une chanteuse de jazz. Un de ses disque s’appelle Songs for distingué lovers. Tout ce qu’on est pas »

Caroline dit en tournant la tête :

« Pourquoi tu dis ça ? Tu veux pas me donner un coca? »

De la cuisine tu la regardes jouer avec la bretelle de son débardeur. Ca te fait craquer, elle le sait.

« But me, I just don’t care at all »

Caroline dit :

« Tu pourrais répondre quand je te pose une question. Ah voilà c’est ma chanson. J’ai jamais compris pourquoi il parle de l’alaska »

« C’est sur l’autre face. Caroline II. Là c’est la I »

Caroline écoute en regardant le plafond, son verre de coca à la main :

« Tu as entendu, She wants a man, not just a boy, hmm hmm »

« Tu as de trop belles épaules. Celles de la fille sur la pochette sont trop maigres »

Caroline dit « Pourquoi ? C’est qui Caroline ? »

« J’sais pas. En fait c’est Stéphanie qui disait qu’il fait si froid en alaska, mais on ne l’a su que plus tard. Peut être encore une fille de la bande à Warhol comme Candy »

Caroline dit « Warhol c’est le type des boites de soupe et des tableaux à la pisse ? »

« Tu as vraiment le sens du détail. Il y a Lisa aussi »

« Lisa quoi ? »

« Lisa says, mais c’est un autre disque »

Caroline trempe ses lèvres dans son coca, ramène ses pieds sous elle pendant que tu mets l’autre face.

« Candy elle dit aussi ? »

« Oui. Elle dit qu’elle déteste son corps. C'est la même que dans Walk on the wild side, tu sais, and she never lost her head even when she was... c’était un travesti mais là c’est encore Caroline. C’est un chef d’œuvre »

Caroline a un petit rire « Hmmm »

« La chanson. En fait c’est une horreur. Toute la face. Y a pas plus sombre. Lester Bangs a dit que ce disque était le plus déprimant jamais fait, une tranche gargantuesque de rancœur aux asticots. Je cite»

Caroline reprend son magazine « un poète sûrement »

« Lou Reed ? Oui. Une sorte de. Tiens c’est celle là »

Caroline dit, dans l’absence de son magazine « Quoi ? Non Lester machin»

« Attends un peu. C’est une merveille. Ouais aussi. A sa façon »

Caroline dit en levant les yeux vers toi :

« Oh non les gosses. Alors cette histoire ? J’sais plus où j’ai lu ça ? Dans Télérama tu crois ? »

« J’sais pas. C’est Bob Ezrin. Il a dit à ses gosses que leur mère était partie et les avait abandonnés. Il les a enregistrés en train de pleurer et d’hurler. C’est déchirant »

Caroline dit « C’est un monstre »

« Je serais fier de m’entendre pleurer sur ce disque »

Caroline pose son magazine « Maintenant on lui ferait un procès »

« Maintenant on fait plus de Berlin. »

Caroline dit « De toute façon y a plus le mur et on ne boit plus de Dubonnet, c’est pour ça»

« oh oh oh oh oh oh what a feeling »

Caroline regarde ses ongles  « Tu parles. On va faire un tour ? »

« Le disque est pas fini »

Caroline dit « Au fait, cette histoire d’amants distingués ? »

27.3.05 22:57





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